Confinement, mois 2 : du sentiment d’utilité

L’approche du déconfinement fait grandir mon angoisse. J’ai pas envie, mais alors pas du tout, de recommencer le cycle infernal de courir entre les obligations et les activités et de n’avoir presque plus de temps à consacrer à personne, à commencer par moi. École, boulot, école, activités, devoirs, douche, souper, vite l’histoire et le dodo, et demain on recommence, et le week-end je le passe à cuisiner d’avance pour être moins prise à la gorge le lundi… Quel intérêt à cette vie ? Sauf si on a une vocation de hamster, ou pas le choix, bien sûr. Moi, je ne me sens pas hamster et j’ai la chance infinie (gratitude +++) d’avoir le choix. Je me sens tellement privilégiée d’avoir ce choix que j’en ai honte. C’est pas juste pour ceux qui ne l’ont pas. Mais c’est une autre histoire…

Je préférerais un train de vie moindre mais une vie qui a du sens. Et c’est là que le bât blesse. Si je me contente d’être mère au foyer, ce qui basiquement est mon aspiration, surtout compte-tenu des besoin spécifiques de Ptitpotd’colle, j’ai une méga pression sociale – y compris familiale – du « maintenant qu’il va à l’école, tu ne vas pas rester à tourner en rond à la maison ».

Bon. Alors, déjà, à la maison, je ne tourne pas en rond. Je mets peut-être la barre haut, mais entre les courses, les lessives, le repassage, le ménage à la Flylady, la préparation des repas mais aussi des douceurs sans allergènes, j’ai déjà une demi-journée occupée. Techniquement, entre mon retour de l’école après avoir déposé Ptitpotd’colle, et le moment où je dois partir le chercher, je n’ai que grand maximum deux heures de libre. Et une fois l’arsouille récupéré, il faut encore faire sa séance de kit école (thérapie comportementale pour l’aider à surmonter son mutisme sélectif), le conduire, selon les jours, à la sophrologie/psychomotricité/gym/judo/baladins, le faire goûter, se battre 25 mn pour des devoirs pouvant être faits en 10 mn, se battre 25 autres min pour une douche prise en 3 mn, préparer le souper, et aussi le déjeuner et le dîner du lendemain, le tout avant 18h30, pour que le jeune homme ait son compte d’heures de sommeil ! À 20h30, quand j’ai enfin réussi à le décrocher de moi et à le laisser dans son lit, je devrais encore aller faire une séance de sport avec une copine. En vrai, j’ai payé ma carte pour rien. À cette heure, je ne suis plus bonne à rien. Surtout depuis que j’ai repris le boulot.

Je te raconte pas comment j’ai été heureuse de me rajouter du taf là-dessus. Je devrais pas me plaindre. Bosser de 10h à 15h, c’est idéal pour une maman, n’est-ce pas. Sauf que tout ce que je fais entre 8h30 et 13h30, je peux plus le faire. Ça doit être reporté à après 15h30. Tu sais, quand je cours entre les diverses activités et la préparation des repas.

Alors bon, comment dire. Déjà, de base, le rythme me parait délirant. Humainement inacceptable. Je suis à la fois admirative et remplie de compassion pour les mamans qui bossent à plein temps. Et aussi remplie d’à quoi bon. Parce qu’en plus, pour aller bosser, j’ai besoin d’une voiture. Ce qui fait que je gagne royalement 150€ de plus qu’au chômage. Chouette, je vais pouvoir acheter compulsivement des trucs inutiles pour sécréter un peu de sérotonine…

Et, cerise sur le gâteau, avec la crise du Covid, j’ai complètement perdu la foi dans mon boulot. Je bosse pour une compagnie théâtrale… Mon job consiste à aller gratter des sous auprès des politiques pour pouvoir monter des spectacles. Certes engagés. Certes à message fort. Mais dans le contexte d’une économie effondrée et d’interdiction de rassemblements de foule…

Et puis, il faut bien le dire, mon boulot m’est apparu comme terriblement dérisoire face à la mobilisation essentielle des caissiers-réassortisseurs-agriculteurs-facteurs-soignants-éboueurs et j’en oublie… Eux, leur boulot est indispensable pour faire tenir debout un semblant de société. Même si c’est pas la société que je veux, même dans ma société idéale, ces métiers ont une importance capitale.

J’ai également ressenti une peur terrible, face aux rayons vides, de ne plus trouver de quoi me nourrir. Dire que j’ai un jardin… Le Septnain a beau me dire que c’est pas avec notre minuscule lopin qu’on arrivera à l’autosuffisance – et ce faisant il casse magistralement toute mon énergie -, j’estime que le cultiver un peu correctement nous permettrait d’avoir au moins une zone-tampon si des rayons se retrouvent à nouveau vides, si notre coopérative paysanne a un tel succès qu’il n’y a plus assez pour tout le monde… Qu’est-ce que j’admire les paysans ! Ils ont une connaissance du vivant que j’envie et une endurance physique qui me laisse pantoise. Je serais incapable de me lever tôt et d’assumer un travail si physique. La moindre motte de terre de travers et je me fais une entorse…

Alors, oui, j’ai peut-être été élevée (dressée) pour des fonctions dites « intellectuelles » et administratives, mais moi, je crois que je trouverais plus de sens à ma vie en étant caissière ou agricultrice… Il ne me reste que quelques semaines pour trouver un plan B. Ou assumer, une fois pour toutes, que j’estime que ma place est à la maison, à être le pilier de ma tribu à besoins spécifiques. Et en profiter pour gratter un petit coin de jardin dans le dos du Septnain (qui , du coup, est allé semer des radis et des tomates).

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Pour pouvoir laisser un message, merci de résoudre : *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.